À l’origine était le pur-sang arabe…

Hors-série Cheval Magazine n°35 oct-nov 2016 – n°35 /

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« Le cheval arabe est à l’origine de tellement de races modernes qu’il est impossible de toutes les citer ! », résume Xavier Guibert, ancien directeur de la mission internationale de l’Institut Français du Cheval et de l’équitation (IFCE). De fait, si on regarde de près le pedigree de la plupart des races de chevaux de selle et même de poneys, on retrouve du sang arabe. Comment expliquer cela, et surtout, quelles sont les qualités de ce cheval arabe, qui lui ont permis d’être aujourd’hui considéré comme améliorateur de presque toutes les races ?

Venu du désert

Le pur-sang arabe est l’une des races les plus anciennes au monde, pur produit des déserts du Moyen-Orient. Une légende dit que le prophète Mahomet a choisi dans son troupeau cinq juments pour leur loyauté, leur courage et leur résistance et qu’elles sont à l’origine de toutes les lignées de pur-sang arabes qui existent aujourd’hui (voir encadré). Pendant des siècles, ce cheval a été sélectionné par les tribus arabes. À vivre dans le désert auprès des nomades, il a dû se contenter de peu et parcourir de longues distances : il brille ainsi par sa robustesse et son endurance. Il a aussi été habitué à côtoyer l’homme de très près, on dit même que dans le désert ce sont les femmes et les enfants qui s’occupaient des juments et des poulains, ce qui serait à l’origine de son caractère doux et intelligent.

Quand on ne connaît pas l’arabe, la caricature est facile : on les traite de top-modèles ou de poupées de salon parce qu’il existe des championnats réservés aux arabes dits « de show », où ils ne sont jugés que sur leur modèle et leurs allures. D’autres pensent qu’ils ne sont bons qu’à courir. Pourtant, « le pur-sang arabe est un cheval polyvalent, à la fois beau, sportif et avec un bon mental. C’est aussi une race très rustique qui côtoie l’homme depuis des millénaires », résume Michèle Labonne qui élève des pures souches égyptiennes depuis 40 ans. D’ailleurs nombreux sont les éleveurs qui soulignent ce travail de sélection sur le caractère, rappelant que l’arabe est un cheval sensible mais surtout très brillant.

Au 18e siècle, il « envahit » l’Europe

« Les grandes invasions arabes ont permis au pur-sang de conquérir tout le bassin méditerranéen et d’arriver notamment jusqu’en France au VIIIe siècle », raconte Xavier Guibert. Mais il faudra attendre 1000 ans de plus que la race s’installe de façon pérenne.

Le premier acte de cette histoire moderne se déroule en Angleterre : à la fin du XVIIe siècle, l’aristocratie se prend de passion pour les courses. Mais les races locales sont à la peine. De riches anglais ayant voyagé jusqu’au Moyen-Orient se souviennent des qualités uniques, vitesse et endurance, du petit cheval arabe. Trois étalons sont alors importés sur l’Île britannique : Byerley Turk d’abord (1683), puis Darley Arabian (1703) et Godolphin Arabian (1730). Croisés avec la jumenterie royale, ils sont à l’origine de la race pur-sang anglais. Le stud-book étant minutieusement tenu depuis cette époque, il est possible pour la quasi totalité des individus de remonter jusqu’à l’un de ces trois étalons fondateurs.

Le deuxième acte se déroule en France après 1800. Au cours de la campagne d’Egypte, Napoléon découvre le cheval arabe. Il est immédiatement séduit par son agilité et son endurance. On se souvient ainsi de Vizir et Marengo, deux entiers gris parmi les montures les plus célèbres de l’Empereur. Il ramène alors plusieurs chevaux en France, et impose qu’ils soient élevés en race pure. Il encourage aussi les croisements entre races locales et étalons arabes : « à l’époque, les chevaux étaient surtout des animaux utilitaires, pour les travaux des champs, l’Armée ou le transport. En utilisant le pur-sang arabe, on cherche à alléger le modèle, à lui donner plus d’endurance mais aussi plus d’élégance », résume Xavier Guibert. Ainsi l’arabe aurait même servi à la création et à l’amélioration de la race de trait percheron, et lui aurait donné sa robe grise si caractéristique !

Père des races modernes

« En Angleterre, la plupart des races poneys ont été créées grâce à des croisements avec des pur-sang arabes », poursuit-il. Partout en Europe, le pur-sang arabe et son « frère » anglais sont utilisés pour jeter les bases des races de selle que l’on connaît aujourd’hui. En France, la race anglo-arabe est même créée au XIXe siècle, alliant le meilleur des deux. « Si l’arabe a été utilisé au départ, c’est avant tout pour son modèle, sa légèreté et sa résistance à l’effort », résume Xavier Guibert.

Dans le cheval de sport, le pur-sang arabe a été utilisé après guerre lorsque les disciplines olympiques se sont développées et que de nombreux pays européens ont souhaité mettre sur pied des races dédiées : l’arabe permettait alors de créer des chevaux avec plus d’influx, capables de résister à l’effort physique et de gabarit plus modeste. Mais son empreinte s’est progressivement amoindrie après les années 1970 : les obstacles devenant de plus en plus imposants, il fallait revenir à des chevaux de grande taille et possédant beaucoup de force physique.

« Désormais, lorsqu’on cherche du sang, c’est surtout vers le pur-sang anglais que l’on se tourne car on a besoin de grands chevaux. Si l’arabe est encore utilisé en croisement c’est avant tout pour le cheval de loisir et pour l’endurance », estime Xavier Guibert. En effet, le développement d’une équitation de loisir, tournée essentiellement vers les disciplines d’extérieur (TREC, endurance amateur sur des petites distances, randonnée…) a permis au pur-sang arabe de revenir sur le devant de la scène, notamment à travers certains croisements originaux (voir encadré). La féminisation de l’équitation n’y est pas non plus étrangère : les cavalières préfèrent en effet des montures élégantes et agréables à monter !

Chaque année, environ la moitié des saillies réalisées par les étalons arabes le sont en dehors de leur race. Ils sont recherchés pour leur élégance et leur influx. Quant à leur petite taille, décriée par certains, elle s’avère un formidable avantage puisqu’elle leur permet de s’illustrer au plus haut niveau dans les concours réservés aux poneys, en race pure ou en croisement.

 

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