D’où vient l’optimisme ?

Article paru dans Recherche & Santé n°152 – La revue de la Fondation pour la Recherche Médicale – automne 2017 /


« D’où vient l’optimisme ? »

 

Nous l’avons tous constaté, et des études scientifiques l’ont confirmé, nous souffrons d’un biais d’optimisme ! Concrètement, cela signifie que notre cerveau a tendance à surestimer la probabilité de survenue d’un évènement positif par rapport à un évènement négatif. Par exemple, les gros fumeurs minimisent leur risque de mourir prématurément, ou certaines femmes minorent la probabilité d’être atteintes d’un cancer du sein. Une équipe de recherche du laboratoire de neurosciences cognitives (Inserm U960, École Normale Supérieure de Paris), dirigée par Stefano Palminteri, a voulu comprendre d’où vient ce biais : pourquoi notre cerveau préfère t’il les bonnes nouvelles aux mauvaises ? Est-ce lié uniquement à nos croyances concernant de futurs événements, ou bien est-ce lié à des mécanismes fondamentaux de l’apprentissage ?

Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont observé le comportement d’un groupe de personnes face à un processus d’apprentissage par essai-erreur : chacune devait choisir entre deux symboles associés à une récompense monétaire, selon leur choix elle recevait 0,50 € (c’est la « bonne nouvelle »), perdre 0,50 € (c’est la « mauvaise nouvelle ») ou ne rien gagner. Les résultats montrent que les participants accordent plus d’importance aux « bonnes nouvelles » qu’aux mauvaises ! Ainsi le cerveau aurait tendance à apprendre de façon asymétrique, privilégiant les informations positives et minorant les négatives. Pour les scientifiques, c’est cette dysmétrie dans les mécanismes d’apprentissage qui serait à l’origine de notre biais d’optimisme. Pour approfondir cela, ils ont aussi étudié l’activité cérébrale de leurs sujets pendant l’expérience, et ils constaté que « l’activité enregistrée dans les structures majeures du circuit de la récompense est quasiment 2 fois plus importante chez un sujet optimiste comparativement à un sujet plus réaliste, à récompense monétaire égale. Cette activité met en évidence des profils distincts, plus ou moins optimistes ou réalistes », explique Stefano Palminteri. Ces travaux apportent ainsi la preuve d’un biais d’apprentissage à l’origine de notre optimisme. Il pourrait être impliqué dans certaines pathologies psychiatriques : absence de biais d’optimisme par exemple dans la dépression, ou au contraire surexpression de ce biais dans certains addictions.

 

Avec Stefano Palminteri, laboratoire de neurosciences cognitives (Inserm U960, École Normale Supérieure de Paris)

 

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