Traquer le cancer dans le sang

Journal de l’Institut Curie n°113 – février 2018 /

Traquer le cancer avec une simple prise de sang

Grâce à la mise au point de techniques permettant de détecter et d’analyser les cellules cancéreuses et l’ADN tumoral présents dans le sang des patients, chercheurs et médecins espèrent révolutionner la prise en charge des cancers. Mieux dépister, optimiser les choix thérapeutiques, anticiper les rechutes… Les promesses sont nombreuses.

 

 

Extraits :

La prise de sang, un geste médical simple et rapide, peu douloureux et économique, est au cœur de la prise en charge de nombreuses maladies. Elle devrait bientôt devenir un allié de premier ordre pour la cancérologie aussi. Les cancérologues parlent de « biopsie liquide », pour définir cette analyse de sang dont le but est d’apporter des informations sur le cancer. Elle pourrait faciliter et préciser le diagnostic, la mise en œuvre des traitements et la prévention des rechutes. L’analyse des cellules cancéreuses et de l’ADN tumoral (lire page 12) qui circulent dans le sang des patients révèle en effet de nombreuses informations.

« Détecter très tôt l’apparition de lésions cancéreuses, avant même qu’une tumeur ait commencé à se développer ou à réapparaître après un traitement, est un peu le graal des chercheurs et des médecins », témoigne le Pr François-Clément Bidard, oncologue médical et chercheur à l’Institut Curie. Depuis les années 1950, les scientifiques s’attèlent à mettre au point des tests non invasifs permettant de détecter et de suivre l’évolution d’un cancer. Ces dernières années, grâce aux progrès technologiques et à une meilleure connaissance des mécanismes de cancérisation, les chercheurs ont franchi un cap, en travaillant directement sur les cellules cancéreuses et l’ADN tumoral présents dans le sang : c’est ce qu’ils appellent des biomarqueurs circulants.

Des indices semés par la tumeur

« Dès que des cellules cancéreuses commencent à se multiplier quelque part dans l’organisme, certaines d’entre elles meurent et se désagrègent, c’est un phénomène normal, rappelle le Pr Bidard. Ce faisant, elles libèrent dans le sang de l’ADN tumoral circulant, ou ADNtc » Théoriquement, l’ADNtc est détectable dès les toutes premières étapes d’un cancer, quelle que soit sa localisation. Il est toutefois noyé parmi des millions de fragments d’ADN sain ce qui rend sa détection compliquée. Pour les cellules tumorales circulantes, ou CTC, c’est tout aussi délicat : « Elles se libèrent des tumeurs solides (du sein, du poumon, du colon, etc. par opposition aux cancers du sang) lorsque celles-ci commencent à envahir les vaisseaux sanguins. Si elles ne meurent pas tout de suite, les CTC relâchées dans le sang peuvent se fixer dans un autre organe et y former une tumeur secondaire. » Détecter ces cellules tumorales circulantes n’est pas chose aisée : dans 10 millilitres de sang, elles sont quelques-unes à peine, mélangées à plus de 50 millions de cellules parfaitement normales ! Ainsi, repérer ces biomarqueurs circulants dans le sang, qu’il s’agisse d’ADNtc ou de CTC, s’apparente à rechercher une aiguille dans une botte de foin.

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