Anorexie : peur de grossir ?

paru dans Recherche & Santé n°148 – La revue de la Fondation pour la Recherche Médicale – octobre 2016 /

« Ma petite fille est anorexique. Est-ce la peur de grossir qui l’a rend malade ? »

La peur de grossir est un des trois symptômes clés pour établir un diagnotic d’anorexie mentale. Mais une récente étude du Pr Philip Gorwood et son équipe de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale (Paris) pourrait bien bouleverser cela. Les chercheurs sont partis du postulat que cette peur de grossir ne serait en réalité que le reflet d’un plaisir de maigrir. Pour vérifier leur hypothèse, ils ont montré des images de personnes de différentes corpulences à 70 patientes ainsi qu’à des sujets sains. Et ils ont mesuré le taux de sudation de leur peau, qui reflète l’émotion instantanée. Résultats : face à des images de personnes en surpoids ou de poids normal, les patientes réagissent a peu près comme les sujets sains, mais lorsqu’on leur montre des images corporelles de maigreur, elles réagissent plus fortement, et surtout positivement, alors que les témoins n’ont pas de réaction particulière. Cette découverte pourrait amener à orienter différemment les futures recherches sur l’anorexie mentale : il s’agirait notamment de s’intéresser aux circuits de récompense qui existent dans le cerveau plutôt que ceux impliqués dans l’évitement et la phobie.

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire très souvent associé à une souffrance psychologique, et qui touche essentiellement les jeunes filles. Le diagnostic repose actuellement sur trois critères cliniques précis : (1) comportements de restriction alimentaire conduisant à une perte de poids, (2) perception altérée de son poids et de son corps, (3) peur de prendre du poids malgré le poids trop faible. D’autres symptômes peuvent être associés comme des obsessions alimentaires, une hyperactivité physique, un surinvestissement intellectuel… Cette maladie se révèle le plus souvent à la puberté. Après 5 ans d’évolution, un tiers des malades sont guéris, mais il s’agit aussi d’une des pathologies psychiatriques les plus sévères, notamment avec le plus fort taux de risque suicidaire.

Avec le Pr Philip Gorwood, Clinique des maladies mentales et de l’encéphale (Hôpital Sainte Anne, Paris)

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