Cellules souches : une nouvelle jeunesse pour le coeur FRM#146

Recherche & Santé n°146 – La revue de la Fondation pour la Recherche Médicale – avril 2016

RS146_cellsouches_schema

Aucun médicament ni thérapie ne permet aujourd’hui de réparer le muscle cardiaque après un infarctus du myocarde. D’où l’idée, évaluée chez l’homme depuis une quinzaine d’années, de greffer des cellules souches. Plusieurs équipes françaises travaillent sur ce sujet, réalisant régulièrement des premières mondiales.

Réalisé avec le Pr Philippe Menasché, service de chirurgie cardiovasculaire de l’Hôpital Européen Georges Pompidou (AP-HP, Paris)

Pourquoi utiliser des cellules souches ?

Lors d’un infarctus, des millions de cellules cardiaques meurent privées d’oxygène parce qu’une artère s’est brusquement bouchée. Dès lors, le muscle cardiaque ne peut plus assurer correctement son rôle de pompe : c’est l’insuffisance cardiaque. Lorsque celle-ci est sévère, le seul remède, c’est la greffe cardiaque. Une intervention lourde qui implique des traitements anti-rejets à vie. Pour remplacer ces cellules mortes, les chercheurs évaluent donc l’intérêt des cellules souches, qui présentent plusieurs avantages : elles peuvent se différencier en différents tissus, et notamment du muscle cardiaque, et certaines se multiplient à l’infini et ne présentent aucun risque de rejet.

Des cellules souches embryonnaires

Prélevées sur des embryons surnuméraires*, les cellules souches embryonnaires sont faciles à cultiver au laboratoire et à transformer en cellules cardiaques. Elles sont à l’origine d’une première mondiale réalisée en octobre 2014 par le Pr Philippe Menasché et le service de chirurgie cardiovasculaire de l’Hôpital G. Pompidou. Ces cellules ont d’abord été dérivées en « jeunes » cellules cardiaques, purifiées, puis incorporées dans un patch, selon une procédure mise au point par l’équipe du Pr Jérôme Larghero (Hôpital St Louis, Inserm). Ce patch a ensuite été greffé chez une patiente de 68 ans atteinte d’insuffisance cardiaque sévère, précisément là où l’infarctus avait eu lieu. Un an plus tard, l’état de la patiente s’est considérablement amélioré. Quatre autres personnes devraient recevoir le même traitement cette année dans le cadre d’un essai clinique.

D’autres sources de cellules souches

Pour s’affranchir du risque de rejet qui demeure avec des cellules embryonnaires, d’autres équipes testent des greffes autologues* de cellules souches.

Cellules souches mésenchymateuses : Pour régénérer le muscle cardiaque de patients atteints d’insuffisance cardiaque sévère, le Dr Jérome Roncalli et son équipe du CHU de Toulouse réalisent des injections locales de cellules souches mésenchymateuses*, prélevées auparavant dans leur propre moelle osseuse. Chez les 10 patients déjà traités, une amélioration des symptômes a été observée, avec une augmentation de la fraction d’éjection ventriculaire gauche*. Une seconde phase d’essai clinique devrait bientôt être lancée, incluant 90 patients dans plusieurs hôpitaux en France.

Cellules souches hématopoïétiques* : Elles seront évaluées cette année chez une quarantaine de patients par l’entreprise française CellProthera. Cette start-up a mis au point une sorte d’automate-incubateur permettant de prélever chez un patient ces cellules souches grâce à une simple prise de sang, de les multiplier et les purifier. Quelques semaines plus tard, elles sont réinjectées directement dans le cœur, via un cathéter passant par une artère. Ces cellules ont déjà fait l’objet d’une étude clinique préliminaire menée entre 2002 et 2005 sur sept patients. Ils ont aujourd’hui tous retrouvé “une fonction cardiaque quasi normale compatible avec une vie active”, selon la start-up.

Des questions en suspens

– Durant certains essais cliniques, notamment celui de l’équipe du Pr Menasché et celui de CellProthera , un pontage est réalisé en même temps que la greffe de cellules souches. Il est donc difficile pour l’instant de savoir si l’amélioration de la fonction cardiaque est due à l’un, à l’autre ou aux deux interventions !
– Les cellules souches sont-elles directement impliquées dans la réparation du muscle cardiaque ? Pas si sûr : « il semble que les bénéfices des cellules sont principalement liés aux substances qu’elles sécrètent. L’administration directe de ces substances, sans passer par une greffe de cellules, est une piste à explorer », a ainsi déclaré le Pr Philippe Menasché.

CHIFFRES
250 000 Français souffrent d’insuffisance cardiaque à un stade avancé.
428 greffes de cœur ont été réalisées en 2014.

 

Lire l’intégralité en pdf
.
.
.
.

Les commentaires sont fermés