Combattre la résistance des agents infectieux à l’échelle planétaire. Interview FRM#134

Interview paru dans Recherche & Santé n°134
La revue de la Fondation pour la Recherche Médicale – avril 2013

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« Les pays développés doivent eux aussi faire face à l’émergence de nouvelles maladies infectieuses. »
Le Pr Philippe Sansonetti dirige l’unité Inserm 786 intitulée « Colonisation et invasion microbienne des muqueuses » et l’unité de « Pathogénie microbienne moléculaire » à l’Institut Pasteur. Partisan de la pluridisciplinarité, il étudie notamment les bactéries Shigella, à l’origine de sévères dysenteries.

 

Depuis Pasteur et les améliorations en matière d’hygiène, d’énormes progrès ont été faits dans la lutte contre les maladies infectieuses. Pourtant, dans nos pays occidentaux, certaines infections ressurgissent, comment expliquer cela ?
Philippe Sansonetti : Le plus gros problème est le phénomène de résistance aux antibiotiques. C’est extrêmement préoccupant. Cela concerne des infections très diverses, aigues ou chroniques, mortelles ou pas, dans l’hôpital et en dehors. Diminuer notre consommation d’antibiotiques est bien sûr utile, mais très loin d’être suffisant ! Il faut aussi s’attaquer à leur consommation dans les pays en développement, ainsi qu’au monde vétérinaire, penser plus large : « one world, one health » (un monde, une santé) comme on dit désormais. L’effort doit être mondial, global et permanent. Par ailleurs, une certaine désaffection du grand public pour les vaccins expliquent certaines résurgences, comme la rougeole actuellement en France. Il est indispensable que la population reprennent confiance dans les vaccins, une arme essentielle en terme de santé publique.

Le développement de nouveaux antibiotiques n’ouvre t’il pas quelques perspectives thérapeutiques ?
Philippe Sansonetti : C’est très cher et très difficile. Par ailleurs, à un nouvel antibiotique correspondra une nouvelle résistance ! Les bactéries ont un réservoir d’adaptation quasi illimité. Elles échangent des gènes entre elles, interagissent avec les bactéries de l’environnement et celles que nous hébergeons dans notre corps… D’autres pistes doivent donc être explorées. Plutôt que de vouloir tuer les bactéries, et donc sélectionner celles qui acquièrent des résistances, on peut aussi chercher à supprimer leur pouvoir de nuisance, en les empêchant de secréter leurs toxines par exemple. Il faut aussi développer de nouveaux vaccins, à condition de bien définir les populations à qui cela sera utile. Cela entre dans le concept de médecine personnalisée.

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