Comprendre le cancer : de l’ADN au patient

Novembre 2013 – Journal de l’Institut Curie n°96

Pourquoi suis-je atteint d’un cancer ? Répondre à cette question qui taraude les patients, c’est l’un des enjeux de la recherche fondamentale. Identifier les facteurs qui déclenchent un cancer puis permettent son développement et sa dissémination, c’est en effet découvrir des cibles potentielles pour de nouveaux traitements. C’est aussi la perspective de mettre au point des programmes de prévention et de dépistage plus précis, donc plus efficaces.

« Docteur, pourquoi moi ? » Cette question revient fréquemment dans la bouche des patients lors de l’annonce d’un cancer. Le Dr Philippe Solal-Céligny, spécialiste des cancers du sang à l’Institut de cancérologie de l’ouest (Le Mans) en a même fait le titre de son livre*. « Les patients s’interrogent, et c’est bien normal. Ceux qui ont pris des risques en s’exposant, comme un fumeur à qui l’on annonce un cancer du poumon, culpabilisent énormément. Les autres sont en colère, ne comprennent pas comment ils ont un cancer alors qu’ils mangent sainement et font du sport, décrit-il. Pour les soignants, il est très difficile de répondre. Grâce à la recherche, nous connaissons de mieux en mieux les phénomènes de cancérisation, nous comprenons le “comment” mais pas toujours le “pourquoi” ».
Mieux comprendre le “comment”, c’est tout l’enjeu de la recherche fondamentale dans la lutte contre le cancer : décrypter les mécanismes par lesquels une cellule devient cancéreuse, échappe au contrôle de l’organisme, se multiplie puis se dissémine.

Le cancer, une maladie du génome

On meurt de moins en moins du cancer car il est de mieux en mieux soigné. Mais il demeure une maladie fréquente (voir encadré 2) car le dépistage s’est considérablement amélioré et le risque de développer un cancer augmente avec l’âge. Or, nous vivons de plus en plus vieux… « Certains de nos gènes, qui jouent un rôle ordinaire tout au long de notre vie, se dérèglent parfois avec le temps et entrainent des cancers », explique le Dr Solal-Céligny. Ces dérèglements, d’habitude réprimés par l’organisme, finissent par échapper à son contrôle. Soudain, une mutation génétique (une modification de notre ADN) conduit à la multiplication anarchique d’une cellule. Cette mutation peut avoir été favorisée par des éléments extérieurs. Le soleil, le tabac, l’alcool, certains virus ou produits toxiques, pour ne citer qu’eux, augmentent de façon évidente le risque global de mutations. On peut d’ailleurs miser sur la prévention en s’exposant moins à ces facteurs de risque.

« On a longtemps considéré le cancer comme une maladie ayant une cause extérieure, raconte le Pr Fabien Calvo, directeur de l’Institut du Cancer de l’Aviesan (Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé) et Directeur général adjoint de l’INCa. Les recherches se sont d’abord intéressées aux substances toxiques puis aux virus qui entrainent des cancers : par exemple, le papillomavirus humain pour le cancer de l’utérus ou les virus des hépatites B et C pour le cancer du foie. En élaborant des vaccins qui permettent à notre système immunitaire de combattre ces virus, une prévention a pu être mise en place. » Les progrès de la recherche ont aussi permis, de façon indirecte, de découvrir des mécanismes génétiques impliqués dans des cancers, « car le cancer est avant tout une maladie de notre génome, c’est-à-dire notre ADN », reprend le Pr Calvo.

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