Autisme : la piste de la flore intestinale

Santé Magazine juillet 2016 n°487 /

microbiote
De récentes études suggèrent que des dérèglements du microbiote intestinal seraient impliqués dans la survenue de troubles autistiques chez les enfants. Les traiter grâce à des antibiotiques ou des probiotiques pourrait alors être envisagé.

2012 au Texas, John Rodakis donne des antibiotiques à son fils autiste pour traiter une banale angine. De façon surprenante, il constate une amélioration de ses troubles comportementaux. Le lien entre les deux ? Ce père, titulaire d’une formation en microbiologie, le trouvera grâce à une méticuleuse enquête scientifique : il s’agit du microbiote, ces milliards de bactéries qui peuplent naturellement nos intestins. Quelques mois plus tard, il publie dans une revue scientifique le résultat de son travail documentaire, réalisant en quelque sorte une synthèse de l’état des connaissances dans ce domaine.

En 2000 déjà, suite à des observations similaires sur leurs enfants, des parents avaient convaincu l’équipe de Richard Sandler (Université de Californie) de mener une expérimentation : 11 enfants autistes présentant aussi des désordres intestinaux type diarrhée, ont reçu pendant 7 jours un antibiotique courant. Leurs troubles ont régressé, amenant les chercheurs à conclure : « bien que le protocole utilisé n’est probablement pas une piste thérapeutique en soi, ces résultats indiquent qu’une éventuelle connexion entre flore intestinale et cerveau nécessite une recherche plus approfondie. »

Il aura fallu attendre les récents progrès du séquençage haut débit, qui permet l’étude simultanée de millions de génomes bactériens, pour que la recherche se penche à nouveau sur le sujet. En 2013, il a été montré par exemple que des souris dépourvues de flore intestinale ont un comportement social altéré : elles préfèrent être seules dans leur cage plutôt qu’entourées d’autres rongeurs. Mais si on leur greffe une flore « normale », alors elles récupèrent un comportement similaire à celui des souris témoins. La même année, « une étude très élégante montre que des souriceaux nés de mères ayant contracté une infection virale pendant la grossesse, présentent des troubles autistiques et un microbiote altéré », explique Michel Neunlist, chercheur Inserm à l’Institut des maladies de l’appareil digestif (Nantes). « L’étude montre aussi que ce microbiote modifié produit des métabolites qui passent dans le sang des rongeurs car leur barrière intestinale est rendue plus perméable par une inflammation chronique. Et que ces mêmes métabolites (produits bactériens), si on les injecte à des souris saines, sont capables à elles seules de provoquer une partie des troubles du comportement autistique, poursuit-il. Enfin, en traitant les souriceaux malades avec un probiotique qui rétablit l’intégrité de la paroi intestinale, ils ont réussi à réduire certains symptômes comportementaux. » Cette étude, qui vient conforter des travaux antérieurs, suggère donc que ce sont certaines molécules produites par un microbiote altéré, couplées à une perméabilité accrue de la paroi intestinale, qui pourraient être au cœur des mécanismes reliant flore digestive et autisme.

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