D’où viens-tu cheval ?

Article paru dans Sciences & Avenir n°854 – avril 2018 /

 

 

Un grand coup de sabots dans la généalogie des chevaux

 

Et si nous ne connaissions toujours pas les ancêtres de nos chevaux modernes ? Et s’il n’existait plus aucune espèce de chevaux sauvages sur Terre ? Telles sont les affirmations d’une récente étude internationale dirigée par Ludovic Orlando, chercheur CNRS à l’Université de Toulouse, bousculant ainsi tout ce que l’on croyait savoir jusqu’à présent sur l’histoire des équidés.

Pour en arriver là, les chercheurs ont séquencé le génome de 22 chevaux eurasiens anciens et modernes, et 20 originaires de Botaï. Ce site énéolithique vieux de 5500 ans est situé au nord du Kazakhstan, il renferme les plus anciennes traces connues à ce jour de la domestication du cheval : de nombreux ossements, dont certaines mâchoires présentant des déformations caractéristiques liées au port d’une bride, des indices d’enclos occupés par des chevaux et des poteries ayant contenu du lait de jument. Ils les ensuite comparés aux génomes déjà connus de 46 chevaux anciens et modernes, dont des chevaux de Przewalski. Jusqu’à aujourd’hui, ces derniers ont toujours été considérés comme l’unique espèce de chevaux jamais domestiquée par l’Homme. Or d’après les résultats de cette étude, ce ne serait pas le cas. Au contraire même, les Przewalski seraient en fait les plus proches descendants des chevaux de Botaï retournés à la vie sauvage, un phénomène de marronage comparable à celui des mustangs aux États-Unis ou des brumbies en Australie. Au passage, la sélection naturelle aurait d’ailleurs fait perdre aux chevaux de Przewalski quelques caractéristiques présentes parmi les chevaux de Botaï, comme la robe léopard (avec de petites tâches foncées), très probablement parce qu’elle est génétiquement liée à une mauvaise vision nocturne.

Mais la découverte la plus intéressante réalisée par ces chercheurs est qu’il n’existe que 2,7 % de gènes dont l’origine est directement partagée entre les équidés de Botaï et tous les autres chevaux domestiques. Autrement dit, nos chevaux modernes ne descendent pas de ceux de Botaï ! L’origine de leur domestication est donc à chercher ailleurs, et peut-être même en de multiples sites. Comme les chercheurs le rappellent dans leur étude, la population de chevaux domestiques s’est considérablement accrue entre il y a 5000 et 4100 ans. Et cela pourrait être le fait de plusieurs épisodes distincts de domestication par différents peuples, peut-être autour de la Mer Caspienne, en Roumanie ou en Hongrie, voire en Europe de l’Ouest. « Nous interagissons avec le cheval depuis 5 500 ans dans une relation domestique, déclare Ludovic Orlando. Des empires aussi immenses que ceux de Gengis Khan et d’Alexandre le Grand se sont construits à dos de cheval. L’histoire avec un grand H, c’est l’histoire de l’interaction entre l’homme et le cheval. C’est très rare de penser que quelque chose d’aussi important est finalement aussi peu compris ! »

 

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