Le monde visuel du cheval

Cheval Magazine n°435 rubrique Comportement – février 2007

Connaître les particularités de la perception visuelle d’un cheval et les différences par rapport aux nôtres permet de mieux comprendre son comportement et donc de s’y adapter. Revue de détails.

« Nous avons tendance à attribuer des caractéristiques humaines à nos animaux lorsque nous envisageons leurs cinq sens, et il est habituel d’imaginer que leur monde visuel est très similaire au nôtre. En réalité, il est très différent », résume le chercheur canadien Brian Timney (Université de l’Ontario), grand spécialiste de la vision chez le cheval. Mais ces différences entre l’homme et le cheval ne sont pas toujours celles que l’on croit ! Pour le cheval, la vision est un sens essentiel, d’abord parce qu’il permet de détecter rapidement les prédateurs, ce qui est primordial à la survie d’un herbivore en milieu naturel, ensuite parce qu’il permet de maintenir une cohésion du groupe. Si de plus en plus d’études scientifiques s’intéressent à la vision du cheval, il n’en reste pas moins quelques questions. « Il n’est pas facile de se rendre compte si un cheval voit bien ou pas. Moi je suis très vigilant à la manière dont il positionne sa tête, c’est un bon indicateur », raconte l’entraîneur national Gilles Bertan de Balanda. Le plus souvent c’est à pied, en circulant autour du cheval au moment du pansage par exemple que l’on se rend compte de certains défauts de vision.

Surveiller l’horizon

En comparaison avec les autres mammifères terrestres, le cheval est celui qui possède un des plus grands yeux : avec un diamètre entre 4,5 et 5,5 centimètres, il est deux fois plus grand qu’un œil humain. C’est sans doute pour cela que l’on a tendance à croire qu’il voit deux fois plus grand. Mais ceci est totalement faux ! « La surface de réception de l’information visuelle, la rétine, est certes plus grande, mais il ne faut pas oublier qu’ensuite cette information est traitée par le cerveau. La vision, comme tous les sens, comprend deux niveaux : la perception par un organe sensoriel, puis l’interprétation par le cerveau », explique l’éthologue Michel-Antoine Leblanc, spécialisé en neurosciences et auteur du livre « Cheval, qui es-tu ? ».

Le cheval dispose par contre d’un champ visuel très différent du nôtre. Ses yeux placés de chaque côté de la tête, de façon saillante, lui permettent de voir presque sur un cercle complet sur le plan horizontal. Chaque œil couvre environ 200 degrés, avec une vision binoculaire sur environ 80 degrés devant lui. La seule région aveugle est une bande étroite vers l’arrière, qui correspond plus ou moins à la largeur de son corps. Mais il lui suffit de légèrement tourner la tête pour voir dans cette direction. Sur le plan vertical, « l’axe optique de l’œil formant un angle de 20° par rapport à l’horizontale, cela permet au cheval de voir ce qu’il broute dans le même temps qu’il surveille au loin. La position du chanfrein par rapport à la verticale est déterminante pour la vision vers l’avant », précise Michel-Antoine Leblanc. Ainsi, le cheval est équipé pour examiner le sol devant lui tout en surveillant les alentours, ce qui est essentiel pour cet herbivore qui, face à des prédateurs, ne doit en général sa survie qu’à une fuite précoce ! En pratique, « lorsqu’on aborde un obstacle de 1 mètre de haut, dans la foulée qui précède l’appel, le cheval ne voit déjà plus l’obstacle à cause de son champ de vision restreint. Il faut donc lui avoir laissé auparavant le temps de bien voir l’obstacle », raconte Gilles Bertan de Balanda…/…

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