Lutte contre la rhodococcose

Fondation Hippolia – newsletter #1 juillet 2014 –

Première cause de mortalité chez les poulains entre 1 et 6 mois, et donc de pertes économiques importantes pour les éleveurs, la rhodococcose est une maladie qui mobilise la recherche sur de nombreux fronts : compréhension des facteurs de risque environnementaux, amélioration du diagnostic clinique, mise au point d’un vaccin et développement de nouvelles approches thérapeutiques.

Interview de Séverine Cauchard – Laboratoire de pathologie équine de Dozulé (Calvados), Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail

Que sait-on aujourd’hui de la rhodococcose ?

Séverine Cauchard : C’est une maladie provoquée par la bactérie Rhodococcus equi présente dans le sol. Les poulains se contaminent essentiellement en inhalant de la poussière véhiculant des souches de R. equi virulentes. Les conditions environnementales (température élevée, humidité réduite des sols, sols dépourvus de végétation…) jouent donc un rôle prépondérant dans la transmission de cette maladie. De plus, les poulains eux-mêmes et les chevaux adultes porteurs sains peuvent excréter et disséminer la bactérie dans l’environnement par leurs crottins. Par ailleurs, toutes les bactéries ne sont pas dangereuses, seulement celles qui sont porteuses d’un équipement génétique particulier, appelé plasmide de virulence. Enfin, seuls les poulains sont concernés, parce que leur système immunitaire est encore immature. Des recherches récentes ont de plus montré qu’il existerait des différences génétiques entre les poulains atteints et ceux qui ne le sont pas. Caractériser ces différences génétiques devrait permettre à l’avenir la mise au point d’un test pour identifier à l’avance les poulains les plus à risque.

Les conduites d’élevage ont-elles un impact sur le nombre de poulains malades ?

S. C. : Oui, les études ont montré que plus la taille et la densité des élevages sont importantes, et plus il y a de risques d’apparition de cas de rhodococcose. Il faut donc essayer de limiter ces deux facteurs. Par ailleurs, il est préférable que les poulains naissent tôt dans l’année, car ils ont alors moins de risque d’être exposés jeunes à un sol sec et poussiéreux, donc à des bactéries sous forme d’aérosol. Des chercheurs ont en effet montré qu’une exposition dans les deux premières semaines de vie a une influence sur le risque de déclencher la maladie des semaines voire des mois plus tard. Par contre, aucune étude n’a actuellement démontré que la rhodococcose se transmet directement d’un animal à l’autre, donc il n’est probablement pas nécessaire d’isoler les individus malades.

Où en est-on aujourd’hui en matière de traitements ?

S. C. : Le traitement de référence repose sur l’administration de deux antibiotiques spécifiques, mais c’est long et coûteux. Par ailleurs, on commence à voir émerger des problèmes de résistance* : des études ont montré qu’aux Etats-Unis, certains élevages où les antibiotiques étaient utilisés en prophylaxie ont vu augmenter le nombre de souches résistantes de R. equi de façon très inquiétante. Ces antibiotiques deviennent alors inefficaces pour traiter les poulains réellement malades. Par ailleurs, il y a un réel problème éthique, car cette bactérie est très proche de celle responsable de la tuberculose chez l’homme, et l’on sait que la résistance aux antibiotiques se transmet entre bactéries. Enfin, utiliser ces antibiotiques de façon systématique chez tous les poulains comme mesure de prévention s’est révélé totalement inefficace pour limiter la propagation de la maladie. L’antibioprophylaxie est donc clairement contre indiquée.

 

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