Robes : quand la génétique s’en mèle

Cheval Magazine n°502 Dossier – septembre 2013

 
Les robes sont un critère essentiel d’identification des chevaux. Sélectionnées dans certaines races ou au contraire bannies dans d’autres lignées, elles sont aussi un critère pour les éleveurs et pour les acheteurs d’équidés. Depuis une vingtaine d’années, des progrès considérables ont été faits dans le domaine de la génétique. Une petite révolution scientifique qui a conduit les Haras Nationaux à établir une nouvelle classification des robes à partir de 1999.

EXTRAIT :

Quels sont les facteurs impliqués dans la couleur de la robe ?
Dans la peau et les poils, deux pigments : l’eumélanine, de couleur noir-brun foncé, et la phéomélanine, de couleur jaune-rouge. Leur production dépend de nombreux facteurs codés par plusieurs gènes. D’autres gènes agissent par ailleurs, comme par exemple des facteurs de dilution. De fait, la relation entre le génotype et le phénotype est parfois très complexe à déterminer.

Quels gènes contrôlent les robes de bases ?
Le noir, le bai et l’alezan résultent de deux gènes :
– le gène extension (E) existe sous forme de deux allèles : EE est dominant et permet la production des deux pigments, Ee est récessif, lorsqu’il est présent en deux exemplaires, il bloque la production d’eumélanine. On suspecte l’existence d’un 3ème allèle qui serait dominant, ED, qui correspondrait à la production unique d’eumélanine et donc au noir dominant, mais rien n’est prouvé.
– le gène agouti (A) existe lui aussi sous forme de deux allèles : AA est dominant et restreint la production d’eumélanine uniquement aux extrémités (crins et membres plus foncés). Aa est récessif, lorsqu’il est présent en deux exemplaires la robe est de couleur uniforme. L’existence d’autres allèles est envisagée pour expliquer certaines nuances de bai (cerise, bai brun…) mais rien n’a été démontré.

Deux chevaux alezans peuvent-ils avoir un poulain bai ?
Non. Pour être alezan, un cheval doit forcément être homozygote récessif Ee/Ee : il ne produit pas d’eumélanine. Du coup, le gène agouti, qui détermine la localisation de l’eumélanine, ne s’exprime pas. Quelle que soit les allèles du gène agouti (AA/Aa , Aa/Aa ou AA/AA), un cheval Ee/Ee est toujours alezan. Le poulain recevant un allèle de son père et l’autre de sa mère, il a donc dans cette situation 100% de chance d’être lui aussi Ee/Ee donc alezan.

Deux chevaux bais ont-ils forcément les mêmes génotypes ?
Non, plusieurs combinaisons sont possibles, et donc, lorsqu’on croise deux bais, le poulain à venir peut avoir différentes robes. D’abord un cheval bai doit forcément posséder au moins un allèle EE pour être en mesure de produire les deux pigments. Il peut être homozygote EE/EE ou hétérozygote EE/Ee. Il doit aussi forcément posséder au moins un allèle AA qui restreint la production d’eumélanine aux extrémités (crins et membres foncés, caractéristique de la robe bai). Il peut être homozygote AA/AA ou hétérozygote AA/Aa. Quatre génotypes différents sont donc possibles. Et quand on croise deux bais, le poulain peut être bai, alezan ou noir, avec des probabilités différentes selon les génotypes des parents.

Quels génotypes pour un cheval noir ?
Deux combinaisons possibles. Comme chez le bai, un cheval noir doit forcément posséder au moins un allèle EE pour produire les deux pigments. Il peut être homozygote EE/EE ou hétérozygote EE/Ee. Par contre, il est forcément homozygote récessif pour le gène agouti, soit Aa/Aa, de sorte que l’eumélanine est répartie sur l’ensemble du corps. Pour être sûr d’avoir un poulain noir, il faut croiser deux reproducteurs véritablement noirs, c’est à dire homozygotes Aa/Aa. Mais on peut aussi obtenir un poulain noir en croisant deux bais ou un noir et un bai.

Un gène de dilution, c’est quoi ?
Les gènes de dilution agissent en second plan, en modifiant la robe de base.
– le gène crème (C) existe sous deux allèles : CCR est codominant, c’est à dire qu’il dilue la robe de base d’autant plus qu’il est présent en deux exemplaires, Ccr est récessif, il n’y a pas de dilution s’il est présent en deux exemplaires. Selon la robe de base, plusieurs combinaisons sont possibles selon que le cheval est CCR/Ccr ou CCR/CCR (alezan : palomino ou cremello, bai : isabelle ou perlino, noir : smoky black ou smocky cream).
– le gène champagne (CH) existe aussi sous deux allèles : CHCH dominant dilue la robe de base (alezan en champagne or, bai en champagne ambre et noir en champagne classique) et CHch est récessif, il n’y a pas de dilution s’il est présent en deux exemplaires.
– le gène silver (Z) a un effet sur l’eumélanine seulement. L’allèle dominant ZZ dilue la robe de base (bai en alezan crins argents, ou bai silver, noir en chocolat crins argents, ou noir silver, et aucun effet visible sur l’alezan), l’allèle récessif Zz n’a pas d’effet s’il est présent en deux exemplaires.
– D’autres gènes de dilution existent mais ils sont encore mal connus. C’est par exemple le gène perle (PRL) qui en plus semble interagir avec le gène crème.

Zébrures, raie de mulet, d’où ça vient ?
Dans la plupart des cas, c’est associé au gène Dun (D), appelé aussi gène sauvage car on le retrouve chez les chevaux de Przewalski. L’allèle dominant DD est responsable de la dilution de l’eumélanine et de la phéomélanine, mais aussi de marques primitives telles que raie de mulet, zébrures, tête Cap de Maure et extrémités foncées (c’est très visible chez les Fjord par exemple). L’allèle récessif Dd ne cause aucune modification lorsqu’il est présent en deux exemplaires. On confond parfois le gène Dun avec le crème, ils n’ont cependant pas les mêmes effets. Dun affecte la densité de pigments et ce uniquement sur le corps, tandis que le crème agit sur la couleur même des pigments, sur le corps et les crins.

Pourquoi un cheval gris ne nait-il pas gris ?
La robe grise est due à la destruction progressive des pigments avec l’âge. Cela se produit plus ou moins rapidement. Le gène gris (G) existe sous la forme dominante GG que l’on retrouve chez tous les chevaux gris car il est aussi dominant sur les gènes agouti et extension, et sous forme récessive Gg, qui n’a aucun effet lorsqu’elle est présente en deux exemplaires, et que l’on retrouve donc chez tous les autres chevaux. L’allèle GG étant évidemment transmis par un parent, tout poulain gris est issu d’au moins un parent gris.

Panachures et tâches sont elles d’origine génétique ?
Oui, et de très nombreux gènes sont impliqués. Si l’on connaît à peu près leurs mécanismes individuels, on a par contre beaucoup de mal à comprendre les interactions possibles entre eux. On peut citer notamment pour les robes pies : le gène tobiano (taches blanches sur les jambes et la ligne du dos), le gène overo (taches blanches sur les flanc et/ou l’encolure) aussi impliqué dans le syndrome létal du poulain blanc, le gène sabino 1 (petites taches blanches dentelées), le gène splash… Et pour les tâches, il y a le gène léopard, le gène brindle etc…
Beaucoup d’autres gènes influant sur le robe ont été identifiés, mais on connaît pas toujours leurs allèles et leurs interactions possibles : c’est par exemple le gène flaxen (crins délavés), le gène rouan (mélange de poils blancs), le gène sooty (ou fumé, mélange de poils noirs), le gène pangaré (ventre et flancs plus clairs) etc…

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